Cette semaine, j’ai envie de vous présenter un superbe projet français: Valentyne Stories Necromancy ! J’ai interviewé l’équipe qui travaille dessus depuis plusieurs mois, et qui se lance cette semaine sur Kickstarter.

Couverture de Valentyne Stories Necromancy

Cette joyeuse équipe se nomme Mésange Arts, et est composée de Nyanshua, cheffe de projet et développeuse, Sally, écrivaine qui s’occupe aussi de la communication, et enfin Wanini, artiste pleine de talent comme vous pouvez le voir sur les illustrations du jeu.

Cette interview a été faite en vocal dans un premier temps, puis retranscrite par mes soins. Ne soyez pas surpris si vous retrouvez la forme très oralisée ! Bonne lecture 🙂

Bonjour ! Pour commencer, qui êtes-vous et quel est votre rôle dans l’équipe ?

Nyanshua: Moi c’est Nyanshua, je suis la cheffe de projet de ce Visual Novel; je m’occupe aussi de la partie développement du jeu.

Wanini:  Moi c’est Wanini, je suis l’artiste; je fais tous les dessins et tout ce qui est interface.

Sally: Et moi c’est Sally, je fais le scénario, le narrative design et la communication.

De quoi parle votre projet ?

Sally: Le projet c’est Valentyne Stories Necromancy, un Boys Love dans un univers médiéval horrifique, c’est-à-dire que c’est du fantastique avec des trucs assez sombres: des morts, des vampires, des zombies… des choses dans ce genre-là, pas très ragoûtantes; comme lorsqu’au début de la démo il y a un gars qui se fait bouffer…

Oui c’est vrai c’était marquant !

Oui voilà, d’ailleurs on a fait ça pour bien montrer qu’il y allait avoir des scènes comme ça et que si ça choque il ne faut pas jouer au jeu !

Même dans la démo, de nombreuses illustrations viennent rythmer l’aventure

Et donc vous incarnez un jeune mage qui rentre à l’académie; il pense que tout va bien se passer sauf qu’il n’est pas au bon endroit au bon moment. Il va donc vivre plein de trucs, devoir faire plein de choix, et selon ceci l’histoire va totalement changer, amener à des fins totalement différentes et peut être à une idylle avec l’un des garçons que l’on présente sur les réseaux sociaux.

Comment le groupe s’est-il formé à la base ?

Dans des groupes RP !

(elles rient)

De ce que j’ai compris vous êtes en coloc maintenant, est-ce que vous pourriez m’en parler un petit peu ?

Sally : Et bien c’est plutôt cool !

Wanini : Elle fait le ménage tous les dimanches

(elles rient)

Sally : Non vraiment, ça se passe bien, on est en coloc depuis…

Wanini: Deux ans ?

Sally : Non trois ? En août ça fera la troisième année. Et bien tout se passe bien, rien de notable.

À quel moment on passe d’amie sur un serveur RP à la vie ensemble ?

Sally : Déjà on a fait des crashs tests. En gros on s’est rencontré IRL lorsqu’on s’est rapproché sur internet pour voir si ça marchait bien en vrai.

Nyanshua: D’ailleurs, on n’a pas trop attendu avant de se rencontrer, car on avait déjà eu des expériences avec des personnes vraiment différentes entre internet et le réel; je crois que c’était après un mois, deux mois ?

Sally: Ouais, deux mois je crois.

Nyanshua : Après deux mois on s’est rencontré et puis ça a de suite collé.

Sally : Wani’ et Nyanshua sont soeurs et vivent ensemble depuis… très longtemps. Et moi du coup je suis venue chez elles de temps en temps, petit à petit plus longtemps pour voir si la cohabitation se passait bien. Je crois que je suis restée un mois et demi avant la Japan Expo, et après ça on a démarré la coloc; et on a bien fait parce que ça se passe bien.

La colocation est-ce que ça vous aide à travailler ou est-ce que ça pose parfois des problèmes ?

Nyanshua: Moi j’trouve que justement ça aide beaucoup à travailler ensemble, parce que là on ne passe pas par des chats, on peut directement passer à l’oral directement et c’est beaucoup plus simple de faire passer les messages.

Sally: Il n’y a qu’une porte à ouvrir et puis c’est bon. Et puis même si à deux heures du mat’ il y a un truc à discuter sur le jeu, des choix scénaristiques à avoir, on va dans l’une des chambres et on l’expose. Quand tu n’es pas dans le même appart, c’est compliqué de faire ça: ça stagne, tu oublies ce dont tu voulais parler… là, on est dans l’immédiat et donc ça aide énormément.

Est-ce que vous ne travaillez pas trop ? Est-ce que vous arrivez à trouver un équilibre ?

Wanini : Ça se fait naturellement.

Sally : En fait quand on en a marre on se prend une pause, tout simplement. Puisque de toute façon quand on en a vraiment trop marre on n’avance pas, ça ne sert à rien; donc on se prend une pause, (à ses coéquipières)  je crois que vous jouez à Dragon Age ?

Nyanshua: Ouais c’est ça.

Sally : Moi je vais sur Grand Fantasy ou je lis des trucs de Mo Dao Zu Shi-

(elles rient)

Sally : Mais voilà, comme c’est toujours un plaisir de bosser on ne se force jamais. Mais quand ça veut pas ça veut pas.

Le jeu promet un minimum de 500 000 mots et plus de quinze fins différentes

Depuis combien de temps développez-vous l’univers de VSN ?

Wanini: Je crois que nous on a commencé à le développer en 2014, ou 2015, et on était juste nous deux; Wanini et Nyanshua. Et quand Sally s’est rajoutée on l’a encore poussé plus loin, car au début les prémices c’était… ouais quand il y avait pas Sally c’était un peu chaotique on va dire.

On avait des idées, mais pour les mettre ensemble fallait le faire, parce qu’aucune de nous deux étions douées en écriture donc c’était un peu compliqué. Mais pour le coup, elle est arrivée dès qu’on a créé un groupe RP sur cet univers, c’est à partir de ce moment là qu’elle a commencé à bosser.

Donc avant de donner le Visual Novel que l’on connaît, l’univers était utilisé dans un forum RP ?

Wanini: De base c’était vraiment un univers qu’on avait créé, qu’on a décidé de mettre en RP pour le partager, mais après c’est devenu un projet professionnel tout naturellement.

Sally: En fait plus on bossait dessus et plus il était concret et intéressant, tout s’emboîtait bien donc petit à petit on s’est dit autant le partager via un média auquel on aime bien jouer, donc un Visual Novel.

Donc vous avez envie de prendre cette production à un niveau professionnel ?

Sally: Ah bah oui bien sûr ! Sinon on s’embêterait pas à faire autant d’effort sur la présentation, sur le code… Genre la démo aurait fait dix minutes si justement on ne voulait pas en faire quelque chose de professionnel.

Si le Kickstarter est un succès, le jeu sortira fin 2020. Du contenu additionnel sera ajouté gratuitement par la suite.

La démo justement est assez conséquente, plus de trois heure de jeu. Combien de temps de travail vous a-t-elle demandé?

Nyanshua: On a commencé en novembre…

Sally : Ouais, novembre 2018.

Pourquoi avoir choisi le format du Visual Novel ?

Wanini: Bah moi perso j’aime bien les Visual Novels, j’ai commencé par Phoenix Wright; et après ça, on a commencé à en lire beaucoup d’autres.

Est-ce que vous avez des références en termes de BL (Boys Love) ? Quels sont les standards qualité que vous avez ?

Sally: On veut faire du Fate !

(elles rient)

Wanini: En termes de standards en BL j’en ai pas beaucoup parce que de base c’est plutôt les jeux de Nitro+ qui sont de qualité, mais je n’aime pas trop leurs…

Sally: Leurs scénar’s.

Wanini: Ouais voilà, leurs scénarios en général.

Nyanshua: Ils sont toujours super bizarres.

Pourquoi une histoire Boys Love en particulier ?

Sally : Et bien parce qu’on est de grosses consommatrices mine de rien, déjà en RP la plupart de nos couples sont du BL; et niveau manga on en a pas mal aussi, donc tout naturellement… Puis comme aussi dans l’univers de VSN il y a pas mal de couple homo, de couples hétéros, y a un peu de tout, on s’est dit qu’on allait commencer avec Rave (le personnage principal) avec des garçons et puis comme on aime bien ça…

Et justement, comment vous expliquez l’attrait des BL auprès du public féminin ?

Sally: Bah c’est exactement le même truc que le Yuri (NDLR Histoire basée sur une relation lesbienne) plaît aux garçons. Perso, quand je lis un Yaoi (NDLR Autre nom de Boy’s Love) j’aime bien parce que c’est deux beaux garçons ensemble, ça va pas plus loin pour moi.

(elles rient)

Les personnages principaux sont accompagnés d’une multitude de personnages secondaires haut en couleur

Votre projet est vraiment intéressant parce que c’est un Visual Novel français très ambitieux. Quel est votre avis sur les VN francophones, traduction ou création originale ? Est-ce que vous en consommez ?

Wanini: J’en connais pas beaucoup des VN en France, de base.

Nyanshua: Des Visual Novels français je crois que j’en ai jamais consommé; je les ai toujours lus en anglais, même les Ace Attorney. Mais en matière de Visual Novel en français, fait en France je n’en ai jamais essayé.

Sally: Mais je sais pas, il y en a ? “Is it love” c’est français ?

Nyanshua: Oui c’est français de base. Mais en fait tous les trucs français, même traduit, on n’y a jamais joué.

Sally : Et donc j’ai joué à « Is it love« , « Amour Sucré », « Eldarya »… J’aime bien le côté potache, le côté on se prend pas trop au sérieux, c’est rigolo; limite t’y joues plus pour passer du bon temps que pour lire quelque chose. Là, le but c’est de draguer, mais t’y joues pas vraiment pour la drague, plutôt pour les beaux visuels.

Lire des Visual Novels en anglais ne vous dérange pas, mais est-ce que vous aimeriez qu’il y en ait plus ? D’autres personnes qui, comme vous, font des Visual Novels francophones ?

Sally: Bah perso ce que j’aimerais bien c’est qu’au moins les traductions françaises soient de qualité ! Parce qu’il y a pleins de projets très très cool, mais quand t’y joues en français tu fermes très vite parce que la trad a été faite gratuitement par quelqu’un qui voulait que du bien au projet, sauf que ce quelqu’un a fait ça n’importe comment et a torché le travail ; et ça dessert énormément les jeux.

C’est un peu comme les Anime que l’on préfère regarder avec les sous-titres plutôt qu’en version française ?

Oui, c’est totalement ça, ce n’est pas la faute de la série ou quoi, mais du travail de traduction qui est bâclé. Et c’est dommage parce que le public francophone n’a pas beaucoup de jeux auxquels jouer, et se dit en les essayant que ce n’est pas la peine quand il voit que la syntaxe et l’orthographe sont nulles.

Est-ce que vos influences sont plus japonaises ou occidentales ?

Wanini: En fait, on s’inspire plus des jeux vidéos occidentaux. Par exemple Divinity Original Sin, on s’inspire plus de ce genre de jeu que de la production japonaise en général.

Sally: En fait je vois pas c’est quoi le style d’histoire japonaise. Parce qu’ils ont fait des histoires de fantasy, du School Life; bah comme en occident, il y a de tout.

Donc pour vous ce n’est pas très pertinent comme différenciation culturelle ?

Sally: Bah par contre c’est clair que nos inspirations sont vachement plus occidentales que japonaises; même si on en a quelques-unes, les Phoenix Wright notamment pour moi c’est une grande grande inspiration. C’est surtout des jeux auxquels on a joué plutôt que des animes. Il y a aussi Harry Potter qui est une grande inspiration.

Wanini: À toutes les trois !

Sally: Divinity: Original Sin c’est une référence… (à ses coéquipières) C’est vrai qu’il était putain de bien ce jeu.

Wanini: Des jeux comme Baldur’s Gate ou Planescape: Torment que plus personne ne connaît aussi !

(elles rient)

Nyanshua: En fait ce qu’on adorait dans ces jeux-là c’est qu’il y avait énormément de narration. C’est des jeux avec des scripts entre 800 000 et 1 000 000 de mots.

Sally: Et l’humour ! Genre ça va pouvoir parler de meurtre, de la nécromancie ect, mais tu arrives quand même à rigoler. Tu as des moments ou tu es plié, et d’autres où tu chiales… c’est vraiment de grands ascenseurs émotionnels, et on adore ça. Et d’ailleurs, c’est ce qu’on aimerait faire pour VSN, c’est faire rire, pleurer…

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Divinity: Original Sin, l’une des nombreuses inspirations occidentale de VSN

À en juger par la démo c’est plutôt bien parti !

VSN de ce que j’ai compris est une sorte de préquel, puisqu’il se place assez tôt dans la grande histoire du monde ?

Sally: Du coup c’est le début, puisqu’on a un artbook que l’on a fait avant: c’est un peu le brouillon de l’univers, puisqu’il a deux ans maintenant; les choses ont pas mal évolué depuis. On s’est dit qu’on allait commencer par le début tout simplement, et le début c’est ce qui se passe avec Rave à l’académie des mages. Après il y aura des suites, mais comme c’est le premier qu’on fait, pas un préquel.

Vous parliez de Fate tout à l’heure, est-ce que vous comptez aller jusqu’à ce niveau là en tant que nombre d’histoires pour la suite.

Sally: Alors on va pas jouer sur les timelines différentes, parce que ça nous gave !

Mais il faut déjà qu’on arrive à faire financer VSN, et après on verra. Mais on a beaucoup de choses à raconter en tous cas !

Une dernière question, comment avez-vous anticipé la campagne Kickstarter ?

Nyanshua: On avait déjà fait un Ulule pour notre premier stand à la Japan Expo, du coup on sait à peu près comment se passe les campagnes de financement participatif.

Sally: Ouais, et là on est pas mal aidé; on a des contacts pour savoir quoi mettre sur les paliers, comment estimer combien il nous faut pour que le projet soit lancé. On sait quoi faire pour ne pas tomber dans le piège du “On demande le moins possible pour être sûre d’être financée, mais au final ne pas avoir assez pour sortir le jeu”. Là, on sait de combien on a besoin pour être sûres de le sortir. On a eu des conseils de gens qui sont tombés dans ce piège puisqu’on est sur certains Discord de développement de Visual Novel; donc on fait très attention à ces aspects-là.

Nyanshua: Ouais on est aussi suivi par des professionnels.

Donc vous ne partez pas de rien, c’est cool !

Sally: Oui, et ça nous a permis de prendre en compte des choses auxquels on n’aurait jamais pensé; c’est bête, ça coule de source une fois que tu les connais, mais quand tu ne sais pas… Ils nous ont aidés pour la création de l’entreprise, comment gérer le Kickstarter, quoi mettre dedans. Donc on a confiance là-dessus, on est bon.

Donc vous n’appréhendez pas trop, ça va aller ?

Sally: Ah si, complètement !

(elles rient)

Sally: L’avenir va se jouer sur ce Kickstarter, donc on va tout faire pour que ça marche !

Merci à vous ! Et bon courage pour votre Kickstarter !

En 24h, la campagne de financement participatif a déjà rassemblé plus de 18% de la somme demandée

Vous pouvez essayer dès maintenant Valentyne Stories Necromancy en téléchargeant la démo ici, et pourquoi pas soutenir cette équipe et ce projet prometteur comme on n’en voit pas souvent en francophonie !


Et c’est avec cette interview que nous terminons cette saison 2018-2019 ! Nous nous retrouveront à la rentrée après que tous les rédacteurs auront profité des vacances !